Archives Mensuelles: août 2012

Bites et privilèges

J’entends souvent qu’à part dans les sociétés « reculées », il n’existe plus de différences de traitement entre femme et homme. C’est complètement faux ! Alors, certes, les législateurs ont fait disparaître la plupart des textes sexistes (il doit en rester, je me fais pas de soucis là-dessus) mais le sexisme n’est pas dans la loi, le sexisme est dans les esprits, dans l’éducation et dans les jugements que portent les personnes. Et ça, la loi n’a aucune emprise dessus. Seule une prise de conscience massive peut mettre fin à ce sexisme. Mais je vais arrêter là mon délire théorique et vous apporter quelques exemples de mes privilèges au quotidien. Voilà déjà un lien avec une liste mieux réalisée que je ne pourrai jamais le faire : The Male Privilege CheckList. Je m’y retrouve entièrement. Pour ceux qui ne comprendrait pas l’anglais, permettez moi d’en expliciter quelques uns.

J’ai le privilège de ne pas être du tout conscient de mes propres privilèges.

      • Si je postule pour un travail et que la personne en compétition contre moi est une femme, je sais que, souvent, la compétition risque d’être faussée en ma faveur.
      • Il est hautement improbable que je sois harcelé sexuellement un jour et encore plus de me faire violer.
      • Si j’ai des enfants et un travail, personne ne me trouvera égoïste si je ne reste pas à la maison (alors que si leur mère en faisait autant…).
      • Quand je m’habille, je n’ai pas besoin de me demander si ma tenue risque d’être jugée provocante
      • Personne ne remettra jamais en cause ma capacité de décision en fonction de la période du mois.
      • De parfaits étrangers ne m’aborderont pas dans la rue pour me dire « Souris ».
      • Si je suis hétérosexuel, il y a très peu de chances que mon épouse ou ma petite amie me frappe un jour.
      • Même si je couche avec beaucoup de femmes, il n’y a aucune chance que je me fasse traiter de salope pour ça.
      • Je peux parler fort sans avoir peur de me faire traiter de mégère. Je peux être agressif sans avoir peur de me faire traiter de salope.

En voici quelques exemples traduits mais il y en a, malheureusement, tellement d’autres. Je vais vous en donner un plus personnel, quelque chose de concret, un privilège dont j’ai profité. J’ai travaillé pendant un moment dans une société de Hotline (vous savez, celle des opérateurs internet). Nous étions nombreux et avions tous des niveaux de compétences différents mais vous n’imaginez pas le nombre de fois où l’on m’a rapporté la scène suivante.

Une technicienne qui décroche l’appel du client, les premiers mots du client sont trop souvent : «Bonjour Mademoiselle, pourrais-je parler à un technicien ?». Dans ce cas, ma collègue répondait qu’elle est elle même technicienne et il y avait deux réactions. Soit le client refusait de continuer avec elle et rappelait jusqu’à avoir un homme (souvent moins compétent que la femme qu’il a eu…) ou il faisait le diagnostic avec elle mais remettait en cause sa crédibilité tout au long de la discussion. Bien sûr, certains hommes n’avaient pas de problèmes avec une femme technicienne, heureusement. Mais c’est encore un préjugé qui a la peau dure. Et, concrètement, où est le privilège pour moi ? Quand le client rappelait et que je l’avais au téléphone, non seulement, je réglais son problème (elle l’aurait fait aussi) mais en plus j’en récupérais les lauriers (primes, félicitations du client).

Je comprends que, quand on appartient à la catégorie privilégiée, comme moi, il soit difficile de réaliser et même tentant de nier l’existence des privilèges dont on profite. Après tout, nous les possédons sans même le savoir, ils ne sont pas gravés dans des textes de lois comme ont pu l’être certains privilèges de la royauté par exemple. Mais, ils en sont d’autant plus puissants et durs à évacuer. Ils sont dans les esprits. Aussi bien dans ceux des privilégiés que dans ceux des discriminés. Ils sont profondément entérinés comme quelque chose de naturel, qui a toujours été là. Cela demande de la réflexion une sérieuse remise en cause de son éducation pour réaliser toutes ces inégalités qui existent encore. J’ai, moi-même, fait une partie du chemin (non sans l’aide de gens dont la parole m’est précieuse). Si ces idées faisaient un peu de chemin dans l’esprit de tous, cela nous permettrait d’entrevoir la disparition de ces privilèges. Et, comme je l’ai déjà dit dans un article précédent, ce serait pas un nivelage par le bas, les privilégiés, comme les opprimés ont à gagner à ce que tout le monde réalise la situation et se mette à se battre pour y mettre un terme. C’est ce que font les féministes, ni plus ni moins que lutter dans les esprits et les faits pour enfin établir l’égalité absolue entre êtres humains.

Lettre ouverte aux machistes

Au gré de mes pérégrinations webesques, je m’aperçois que, dès qu’il y a un débat sur un sujet touchant au féminisme ou au sexisme, les deux camps en reviennent souvent à des arguments récurrents qui s’éloignent bien souvent du sujet de départ.Celui qui me choque le plus est l’éternel argument des antiféministes qui disent que les femmes veulent prendre le dessus sur les hommes, prendre le « pouvoir ».

A ces personnes, j’ai envie de dédier cette lettre. Je ne sais pas si elles la liront, je l’espère néanmoins. Le féminisme n’est pas une lutte des femmes pour la suprématie des femmes. C’est la lutte de personnes (femmes et hommes) pour l’égalité des sexes et genres dans tous les domaines. Alors, songez aussi à ce que vous avez à gagner. Un-e féministe ne veut pas enfermer les hommes dans un cachot noir et humide. Il ou elle pourrait même vous surprendre en vous faisant gagner des avantages qu’autrefois vous n’aviez pas. Je m’explique.

Un exemple « bête » m’est venu à l’esprit il y a quelques temps pour y avoir été confronté moi-même. Les sites de rencontres… Actuellement, sur la majorité des sites du genre, du fait du manque de femmes inscrites, il existe une discrimination à l’entrée :
– Gratuité pour les femmes (souvent)
– Frais d’inscription pour les hommes

Je comprends et ne jette pas (vraiment) la pierre aux gestionnaires de ces sites. En effet, pour que cela fonctionne, il leur faut une certaine parité de genres (non pas de sexes, c’est aussi là que leur système atteint ses limites mais c’est un autre débat).

Mais, il est intéressant de réfléchir à pourquoi il y a plus d’hommes que de femmes sur ce genre de sites alors que la proportion dans la population est quasiment égale. On trouve, à mon avis, déjà un élément de réponse dans la façon qu’ont nos sociétés de représenter l’acte de séduction. Pour caricaturer (pas tant que ça), une femme qui va séduire, draguer, va, par certains, être considérée comme une « allumeuse », une « croqueuse d’hommes ». En effet, dans certains esprits machistes, en prenant l’initiative, elle devient une « salope ». On serait capable même d’aller jusqu’à dire qu’elle « cherche à se faire violer » (quelle horreur…). Cette idée a, je pense, été plantée dans la tête de nombreuses femmes. Un homme, lui, sera considéré comme un homme, simplement voire un « don juan » (s’ils avaient lu don juan, ils verraient moins ce terme comme un compliment….).

De plus, il est vrai que, du fait du machisme ordinaire que j’évoquais dans mon premier article, les femmes se font souvent malmener sur ce genre de sites au même titre que dans la rue (Photos jugées « trop » sexy, profils jugés aguicheurs, on en revient au premier argument, faites donc une recherche sur #harcelementderue pour plus d’exemples). Toutes ces agressions auxquelles elles peuvent être exposées sur ce genre de site sont le fait du machisme. Ces deux arguments ne sont que deux exemples des raisons qui peuvent expliquer, à mon sens, la situation sur les sites de rencontre.

Imaginons (ne ferme pas les yeux non plus lecteur) maintenant un monde sans machisme, sans sexisme, un monde féministe quoi (et oui, les mauvaises langues, c’est « juste » ça un monde féministe). Mes deux premiers arguments seraient alors caducs. Nous nous retrouverions dans une situation où, à mon sens, la proportion entre les genres s’équilibreraient sur ce type de sites et donc dans une situation d’égalité vis-à-vis du paiement (tout le monde paie ou personne ne paie). Une discrimination aurait disparu. Mais, messieurs-dames, ne perdons pas de vue que cette discrimination ne disparaîtrait que si le machisme, le sexisme disparaissaient aussi.

En résumé et comme je l’ai de nombreuses fois lu, tout le monde a à gagner à la disparition des pratiques machistes et sexistes. TOUT LE MONDE, sans discrimination. Je n’ai pris là qu’un exemple mais ils sont nombreux. Messieurs, n’ayez pas peur de perdre vos privilèges, tellement de belles choses vous attendraient si vous laissiez le machisme de côté. Par les standards qu’elle impose depuis des millénaires, notre société patriarcale impose un carcan aux femmes, les privant du droit d’être les égales des hommes et les traitant comme faibles. Mais elle impose aussi un carcan aux hommes, celui d’être forts, presque brutaux, sans pitié et sans émotions (je caricature à peine). L’abolition de ce machisme installé permettrait donc à chacun de vivre sa vie comme il l’entend, libéré des standards que la société patriarcale lui impose de suivre. Hommes ou femmes pourraient être ce qu’ils veulent, faire ce qu’ils désirent sans être jugés ou vilipendés si ils ne suivent pas la norme.

Le féminisme, c’est l’égalité mais c’est aussi la liberté pour tous de devenir celui ou celle qu’il ou elle veut être au lieu de devenir ce que la société lui dicte de devenir.

La balle est dans votre camp désormais.

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